Villégiature II

Couché, face à l’azur, sauvage nu, dans l’antre

Où les strates du tuf ocreux et micacé

Brillent au dur reflet de cette arène ardente,

Je m’éveille et recueille, lyrique insensé

En mal d’égra­ti­gner quelques vers noncha­lants,

Un roseau naufragé parmi les varechs blancs.

 

Litté­ra­ture !

 

Je ris au plein soleil, roi libre de mon île

Déserte, au bord de l’anse minus­cule

Où limpi­de­ment les vague­lettes babillent,

Toutes tièdes sur le clair sable miroi­té.

 

Émeraude et bleue, la mer arque l’hori­zon large

Sur l’azur bien­heu­reux des éter­nels étés ;

Là-bas,

En calme et trans­lu­cide frise de montagnes,

Le loin­tain conti­nent s’estompe de lilas.

 

Soleil ! dans l’île exta­siée,

Plein les pins, les lentisques et les arbou­siers,

Plein mon île

Longue­ment endor­mie au soleil de midi,

Des millions, des milliards de cigales grésillent.

 

Soleil ! soleil ! je vais chan­ter

Les goélands tour­noyant sur les rochers déserts

Et la voile glis­sant, blanche, en plein outre­mer,

Sur le beau ciel d’été…

 

Mais non : bon sauvage marin,

Couché, face à l’azur, dans l’antre,

Complai­sam­ment recuit sur cette arène ardente,

Je ne désire rien,

Caressé par la brise univer­selle et libre,

Sans fatras litté­raire, sans papier, sans livres,

Sans frères-hommes et sans Dieu

— Et sans pensées non plus, pardieu ! —

Sinon livrer à l’heure heureuse ma chair ivre.

 

Cigales, célé­brez mon lumi­neux royaume :

 

Moi, jetant le roseau, je retourne au sommeil

Dans le sable argenté de l’antre où le soleil

Joue en reflets ardents sur le tuf d’ocre jaune.