Trois Sonnets du Levant

I

Resti­tués aux ingé­nui­tés d’Eden,

Dans le mystère chaud des oliviers sacrés,

Nos souples nudi­tés s’attirent, sous les rais

De lune blanche, aux nuits médi­ter­ra­néennes ;

 

Et, l’échine cambrée d’une Joie surhu­maine,

Tu m’appar­tiens, ce soir, Fille des Empy­rées ;

Ce soir, Vierge incon­nue, je te révé­le­rai

Les Jeux pâmés de volupté… Premier hymen :

 

Au lit de l’herbe, tous les parfums de la terre

Divi­nisent ta chair, Amante ; les étoiles

Constellent, vers-luisants, tes cheveux : — Évohé !

 

Je bois tes lèvres, coupe ardente de Lumière ;

Je bois l’Amour-Nouveau ; je ravis, triom­phal

Daph­nis, le puce­lage ébloui de Chloé,

 

— Pour nos délices, chers complices adul­tères.

II

Loin du travail stupide et du rêve imbé­cile,

Je meurs ! — Que le Poison Jouven­ciel et tes doigts

Musi­caux, mon enfant, hors la veillée d’exil

Emportent ma pirogue aux houles de la Joie !

 

Métemp­sy­cose ! Les Océans d’Autre­fois

Baignant au vrai Soleil les grèves de mes Îles,

Je vis ! et, vaga­bond triom­phal, je défile

Sous les. palmiers natals qui m’ombra­gèrent, roi.

 

Sous les palmiers natals je plane, et le hamac

Berce, dans l’infini d’amours para­di­siaques

— Ô Poison, sieste d’or ! — mon génie splé­né­tique.

 

Par les Cieux musi­caux de la Béati­tude,

Mon âme ressus­cite et se pâme, éten­due

Sur la Lyre éblouie de l’Apol­lon panique.

III

Ô royaume secret d’antique soli­tude !

Sous le bois merveilleux et l’azur balancé,

Le hamac, aux remous de la brise nocturne,

Emporte mon sommeil en songes d’Odys­sées.

 

La mer, au long de l’Île, frater­nelle, murmure ;

Seuls, les rauques goélands tournent, aux promon­toires ;

Et mes yeux mi-dormants guettent, dans les ramures

Sacrées, l’ascen­sion sereine des étoiles.

 

— Mais, cris joyeux des hiron­delles en amour,

Voici l’aurore… Et, à la proue fraîche du jour,

Monte encore un soleil de l’Eden enchan­té.

 

Terre ! Debout ! Et ma pirogue amar­rée plane

Sur la bruyère, entre les pins ; et les cigales

Pour mon réveil secouent tes grelots d’or, Été !