Note sur la présente traduction

À propos du Pays plat

Edwin A. Abbott est né en 1838 à Londres. Il y meurt en 1926. Après de brillantes études – il excelle en lettres clas­siques, en mathé­ma­tiques et en théo­lo­gie – il prend la direc­tion en 1865 de la City of London School, qui est alors une école indé­pen­dante pour garçons de dix à dix-huit ans. Il quitte ce poste en 1889 et se consacre à la théo­lo­gie et à l’écri­ture. Outre une biogra­phie de Fran­cis Bacon et une Gram­maire de Shakes­peare, il est l’auteur de romans reli­gieux et de textes théo­lo­giques publiés, pour la plupart, anony­me­ment.

Edwin A. Abbott photo­gra­phié par James Russell and Sons, vers 1910.

C’est en 1884 qu’il publie Le Pays plat, sous le pseu­do­nyme de « A Square » [Un Carré].

La couver­ture de la toute première édition de Flat­land (source Wiki­pé­dia).

C’est ce roman dont je vous propose ici la traduc­tion, et plus exac­te­ment celle de son « édition nouvelle et révi­sée », ou seconde édition. À la faveur d’une réim­pres­sion quelques mois seule­ment après la première publi­ca­tion, consé­quence d’un succès inat­tendu, Edwin A. Abbott apporte quelques correc­tions à son ouvrage et lui adjoint une préface.

Dans Le Pays plat, un Carré a couché ses mémoires, depuis la descrip­tion géogra­phique et géomé­trique de son monde natal en deux dimen­sions, peuplé de Lignes, de Triangles et de Cercles, jusqu’à la décou­verte boule­ver­sante d’un monde en trois dimen­sions.

Y avait-il besoin d’une nouvelle traduc­tion du Pays plat ?

Ooof, non !

C’est pour offrir aux lecteurs fran­co­phones un moyen supplé­men­taire de décou­vrir Le Pays plat (et le Pays plat) que je propose cette traduc­tion, et bien sûr parce que j’y ai pris plai­sir.

Le Pays plat, bien qu’il soit assez popu­laire dans les pays anglo­phones (c’est par exemple l’un des livres préfé­rés du Dr Shel­don Cooper dans la série The Big Bang Theory), demeure assez peu connu en France.

S’il en existe plusieurs traduc­tions en fran­çais, une seule à ma connais­sance était jusque-là acces­sible sans restric­tions sur Inter­net. De fait, si le texte origi­nal est entré dans le domaine public, ce n’est pas le cas des traduc­tions fran­çaises qui ont été assez tardives et sont donc encore proté­gées par le droit d’auteur. À ce sujet : je n’ai lu aucune version fran­çaise du Pays plat à ce jour pour ne pas prendre le risque de m’en inspi­rer, même invo­lon­tai­re­ment.

Mais alors, comment puis-je avan­cer que cette traduc­tion est la meilleure qui soit ?

Je ne peux pas, et elle ne l’est pas ! Je peux seule­ment affir­mer que je me suis efforcé d’établir un texte soigné en m’atta­chant à épou­ser, quasi­ment à mouler, le texte origi­nal, et en faisant primer l’inten­tion de l’auteur sur toute autre consi­dé­ra­tion quand il fallait trou­ver un compro­mis. Vous trou­ve­rez je l’espère dans cette traduc­tion du Pays plat un reflet fidèle du texte d’Edwin A. Abbott, soucieux de préser­ver son origi­na­lité ainsi que, pour un lecteur fran­çais contem­po­rain, la couleur d’un roman qui a vu le jour dans l’Angle­terre victo­rienne.

Illus­tra­tions

L’une des parti­cu­la­ri­tés du Pays plat est d’inclure plus d’une dizaine de diagrammes présen­tés comme étant « de la main de l’auteur » (un Carré, donc), soit à des fins pure­ment illus­tra­tives (la maison du narra­teur par exem­ple) soit pour faci­li­ter la compré­hen­sion de certains aspects plus retors du Pays plat, comme la percep­tion du monde par des Figures en deux dimen­sions.

Il fallait évidem­ment traduire et repro­duire ces diagrammes. Leur rendu approxi­ma­tif (écri­ture manus­crite, lignes trem­blantes…) est inten­tion­nel de la part de l’auteur puisque les moyens tech­niques de l’époque auraient ample­ment permis de produire, s’il l’avait fallu, des diagrammes infi­ni­ment plus nets et précis.

Pour cette raison, plutôt que d’utili­ser un logi­ciel dont le rendu aurait été impec­cable (ou trop « impec­ca­ble­ment » impar­fait), mais pour garan­tir néan­moins un affi­chage de qualité à l’écran, je les ai repro­duits à l’aide de papier calque et vecto­ri­sés. La ques­tion s’est posée d’inscrire à la main les légendes ; une brève et doulou­reuse intros­pec­tion calli­gra­phique m’a poussé à les ajou­ter à l’aide d’une police de carac­tères que je trou­vais évoca­trice de la graphie d’Edwin A. Abbott (voir la page Crédits).

Préface

Quand Edwin A. Abbott publie la seconde édition révi­sée du Pays plat, il y ajoute une préface un peu parti­cu­lière. En effet, le Pays plat est présenté comme un récit, ou des mémoires, ayant pour auteur un authen­tique Carré, habi­tant du Pays plat. Or dans cette préface ce serait « l’éditeur », un ami du Carré, qui pren­drait la parole au nom de ce dernier pour éclai­rer certains passages du texte ayant fait l’objet de critiques après la première publi­ca­tion.

Elle est donc en partie fiction­nelle et, à ce titre, elle est à ratta­cher de plein droit au roman.

Mais comme il y est ques­tion de plusieurs sujets déve­lop­pés ulté­rieu­re­ment dans l’ouvrage, et comme elle entend répondre à des critiques formu­lées par des lecteurs auquel le livre est déjà fami­lier, certains ont fait le choix de l’insé­rer à la fin plutôt qu’au début.

C’est le cas dans une édition du texte origi­nal parue en 2010 aux Presses univer­si­taires de Cambridge, anno­tée et commen­tée par William F. Lind­gren et Thomas F. Banchoff.

Ce choix présente l’avan­tage de ne pas gâter la décou­verte du roman. Et un certain nombre d’éléments déve­lop­pés dans cette préface sont peu ou pas compré­hen­sibles si le récit n’est pas déjà connu.

Pour ma part, j’ai décidé de m’en tenir à l’orga­ni­sa­tion de la seconde édition, jugeant qu’Edwin A. Abbott avait inten­tion­nel­le­ment placé ce texte en tête de son ouvrage sous le nom d’ailleurs expli­cit de « préface ».

Ceci étant je recom­mande vive­ment sa lecture dans l’absolu, quel que soit l’ordre que vous choi­si­rez de suivre.

Notes de bas de page

Les notes de l’auteur sont signa­lées par des chiffres, celles du traduc­teur par un asté­risque. Ces dernières seront, je l’espère, assez rares pour ne pas gêner la lecture du Pays plat mais éclai­rer utile­ment certaines réfé­rences ou certaines locu­tions étran­gères à l’anglais dans le texte origi­nal.

Typo­gra­phie

Partout où j’ai jugé que la typo­gra­phie ou la mise en page rele­vait du choix déli­béré de l’auteur, je m’y suis conformé en cher­chant à la conci­lier avec la trans­po­si­tion la plus juste possible selon les usages en vigueur en fran­çais ; en parti­cu­lier pour les dialogues.

Points-virgules

Edwin A. Abbott fait un usage abon­dant et parfois assez libé­ral du point-virgule. Dans la mesure où 1) il s’agit d’une édition révi­sée par l’auteur lui-même et 2) l’emploi du point-virgule est régi par des consi­dé­ra­tions très proches en anglais et en fran­çais, j’ai pris le parti de systé­ma­ti­que­ment consi­dé­rer leur usage comme déli­béré et j’ai donc cher­ché à en conser­ver le plus grand nombre, y compris là où une langue plus acadé­mique les aurait sans doute suppri­més.

Italique

Tous les passages en italique dans le texte origi­nal appa­raissent comme tels dans cette traduc­tion, excep­tion faite de la préface – l’italique se prêtant moins, à mon avis, à une lecture au long cours.

Le détail des polices de carac­tères utili­sées sur ce site, y compris pour le titre prin­ci­pal et pour les diagrammes, est donné sur la page Crédits.

Boîte à outils

Il m’aurait été impos­sible de mener à bien cette traduc­tion sans un certain nombre d’outils, mis à dispo­si­tion de tous le plus souvent gracieu­se­ment, et d’une valeur ines­ti­mable.

Le premier d’entre eux est Wiki­source, qui héberge une version entiè­re­ment numé­ri­sée de la seconde édition du Pays plat avec sa trans­crip­tion complète.

Gallica m’a apporté une aide précieuse grâce à un Diction­naire géné­ral anglais-fran­çais établi par Alexandre Spiers, dans une édition datée de 1874, contem­po­raine d’Edwin A. Abbott et permet­tant par consé­quent d’appro­cher avec une plus grande exac­ti­tude la langue de ce dernier. Plus d’une fois, un quasi siècle et demi d’évolu­tion linguis­tique a pu mettre en défaut nos diction­naires actuels.

Avoir commis des erreurs de traduc­tion (contre-sens, faux-sens, angli­cisme…) est ma plus grande hantise. Si vous en croi­sez, engueu­lez-moi, je vous en serai recon­nais­sant.

Progression